Montréal et ses régions : plus complémentaires que l'on pense
Indéniablement, les régions du Québec et la métropole possèdent des structures industrielles et économiques passablement différentes. Mais est-ce à dire pour autant qu’elles sont complètement dissociées ? Pas du tout ! En fait, même si elles ne sont pas toujours faciles à identifier, les complémentarités économiques entre la métropole et les régions du Québec sont bien réelles. Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser la place importante qu’occupe le secteur agroalimentaire dans l’économie québécoise, notamment en matière de concentration de l’emploi.
En effet,
parmi les 3 765 000 emplois occupés au
Québec, le ministère de l’Agriculture, des
Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)
en recensait, en 2006, 467 000 découlant de
l’industrie bioalimentaire, soit non loin de
12,4 % du total des emplois québécois. Fait
intéressant, ces emplois ne sont pas uniquement
concentrés en région : avec un effectif avoisinant
120 000 employés, le secteur agroalimentaire
générerait environ 13 % des emplois sur
l’île de Montréal. Ce sont là des
proportions somme toute semblables à ce que l’on
trouve ailleurs au Québec.
Selon une étude de la Fédération des chambres
de commerce du Québec (FCCQ), l’industrie
agroalimentaire, qui représente 6 % du PIB
québécois, est aussi bien implantée
à Montréal. En effet, ce n’est pas moins de 5 %
du PIB montréalais qui découlerait
d’activités agroalimentaires, ce qui représente
environ 4,4 milliards de dollars.
Même si l’agriculture et l’élevage ne sont
pas des atouts montréalais, les
établissements ayant des activités
connexes au secteur agroalimentaire représentaient
néanmoins, en 2006, 13 % de l’ensemble des entreprises
actives sur l’île. Nombre de ces entreprises, soit 52,2
%, se retrouvent dans le domaine de la
restauration, tandis que la seconde concentration
majeure, c’est-à-dire 33,2 %, se retrouve dans le
domaine de la distribution alimentaire.
Voilà qui illustre combien Montréal peut être
un marché important pour les produits provenant des
régions.
Le rôle de la métropole ne se résume toutefois
pas qu’à la transformation et la distribution. La
complémentarité de Montréal et des
régions va plus loin et s’illustre bien par les
données relatives au commerce extérieur. Selon les
chiffres de l’Institut de la Statistique du Québec
(ISQ), les produits issus de l’industrie agroalimentaire
formaient, en 2006, 5,6 % de la valeur des exportations
totales québécoises. Mieux encore, la valeur
de ces exportations a connu une croissance de 43,5 % entre 1998 et
2006 et les Services économiques d’EDC
prévoient, pour les exportations issues du secteur
agroalimentaire québécois, une croissance de 4 % en
2007 et de 6 % en 2008. Par sa position
géographique et les infrastructures dont elle
dispose, la métropole se positionne comme une plaque
tournante du commerce international québécois. Lieu
de passage quasi obligé des exportations vers
l’étranger, Montréal assure de la sorte une
continuité dans les efforts déployés en
région.
L’apport d’un centre urbain aux régions
environnantes s’illustre aussi par les efforts qu’il
déploie pour accroître sa visibilité mondiale.
Et les résultats se traduisent souvent par la tenue
d’événements à caractère
international – tels que le Salon International de
l’Alimentation (SIAL) – qui profitent de manière
non négligeable aux intervenants locaux. De plus, la
décision d’installer le siège social
d’une entreprise dans une métropole n’est pas
fortuite. Elle découle de la logique de la
visibilité, nationale ou internationale, et de
l’accessibilité concernant la main-d’œuvre
qualifiée et abondante, ou encore les investissements en
capital, indispensables à l’essor d’une
compagnie. Ainsi, il n’est pas étonnant que l’on
retrouve dans la métropole les sièges sociaux
d’entreprises en agroalimentaire ou encore
d’entreprises du secteur de
l’aluminerie et de la
foresterie – deux autres industries fortes
en région.
Dans cette optique, 2008 pourrait être une année
importante quant au développement de relations
complémentaires entre toutes les régions du
Québec. Plusieurs exercices de réflexion –
notamment ceux de la Commission sur l’avenir de
l’agriculture et de l’agroalimentaire
québécois et du Groupe de travail sur les aides
fiscales aux régions ressources et à la nouvelle
économie – présenteront leurs conclusions au
début de la prochaine année. Il faut souhaiter que
leurs recommandations soulignent les particularités de la
dynamique qui caractérise Montréal et ses
régions et identifient des pistes permettant de mettre
encore plus leur complémentarité en valeur.





